J'ai choisi de regrouper ici quelques petits textes écrits au fil des ans quand le besoin s'en faisait sentir. Avec un peu de recul je m'aperçois que s'ils traitent de déboires amoureux, vides existentiels ou excès de bonne humeur ils ne parlent en fait que d'une seule et même chose, un certain désarroi devant la vie et surtout le monde qui m'entoure. Encore que mettre un "je" à cette réflexion me paraît bien naïf et présomptueux, sachant que ces questionnements sont monnaie courante et que l'écriture est depuis tous temps un exutoire pour bien des gens. Seulement j'ai tenu à regrouper ces quelques feuillets volants n'ayant pas eu à subir les outrages du temps ou la censure de la poubelle car il me semble que depuis quelques temps je ne ressente plus ce terrible vide dans ma vie, et que c'est ici une manière de tourner quelques pages.
2003
Je crois que je vais vivre dans mes rêves. Là où aucun doute ne subsiste, là où toute pensée peut prendre forme sans que l'on ait besoin de l'expliquer, là où l'irréel peut se matérialiser en choses simples, c'est là où je veux vivre, au milieu de réalités palpables. Un lieu où ce qu'ici-bas n'est que non-dits deviendrait une évidence. Comme si la pensée pouvait se matérialiser en choses simples et concrètes, comme des dessins d'enfants dont on n'aurait pas oublié le sens. Plus besoin d'essayer d'exprimer des choses que nul ne peut réellement comprendre, que chacun d'ordinaire conçoit à sa manière en feignant le contraire.
Je ne veux plus jamais que l'on me regarde droit dans les yeux en me disant je comprends. Je ne veux plus voir cette suffisance et cette brume dans le regard quand on me dit "j'ai compris" alors qu'une fois encore cette vérité n'est que la mienne et que le reste n'est que tromperie, même si ce n'est qu'un gentil mensonge délivré inconsciemment par celui qui le profère.
Je rêve d'un monde où l'on n'ait plus besoin de mots pour se comprendre. Un endroit où tout ce que l'on a au fond de soi ne soit plus qu'évidences pour les gens qui nous importent. Qu'il suffise d'un regard, d'un geste, pour que tout soit dit. Et les autres n'ont qu'à passer leur route. Peu m'importe de plaire à la terre entière, puisque la terre m'importe peu, puisque de toute façon je ne peux rien pour elle.
2004
Je vis dans un monde qui n'est pas le mien. Sensation oppressante, lourde d'amertume et de désillusions. Combien d'essais manqués, de futiles espoirs suivis d'immanquables retours à la triste réalité. Sensation de solitude immense, d'incompréhension. Et pourtant je sais qu'il y en a d'autres. D'autres qui souffrent de cette vie, d'autres qui souffrent de ne pas en avoir, ou de ne pas avoir celle qu'ils voudraient. Et pourtant ce sentiment est différent, comme un subtil décalage. Ma vie me plaît dans ses données, m'a comblée avec un enfant, avec des passions. Mais le monde qui m'entoure me semble si lointain, en désaccord total avec ce qui vit au fond de moi. Il y a quelque chose en moi qui souffre, qui pleure de ne pas être compris. Des aspirations qui ne seront jamais assouvies, des craintes à jamais ancrées. Que ne puis-je me fondre dans la masse, subir la vie telle qu'elle nous est donnée. Faire taire cette voix, tuer cette douleur qui m'écrase le cœur. Qui s'en va parfois, et qui revient toujours.
2004, " évangile selon connards"
Evangile selon Jeremie
Un jour tu m'as inspirée. D'un simple regard tu as réveillé quelque chose en moi. Comme un écho à mes pensées j'ai cru qu'elles étaient tiennes. Exprimer ce qui était en moi, c'était devenu comme une évidence, un besoin irrépressible qui en même temps s'étouffait de lui-même. Car j'avais l'impression que si tu pouvais ressentir cette peur en moi elle disparaîtrait logiquement. Matérialiser mes pensées pour les faire disparaître, ou plutôt les annuler, tu avais ce don. Le non-être qui prend forme et par là même retourne au non-être. Mais tout ceci ne serait-il pas qu'une simple supercherie, un mensonge à moi-même? La tentation du spleen chère à tant d'individus.
Attention!
Ceci n'est pas un poème, juste un petit mot d'excuse. Pour te dire désolée pour hier, j'avais pas compris, j'étais dans ma réalité, illusoire certes (champagne!). La lumière m'est apparue ce matin au réveil, comme souvent d'ailleurs, même avec un gros mal de tête... Faut pas m'en vouloir, je suis comme les enfants, quand j'aime bien quelque-chose j'en veux tout le temps. Et toi t'es comme un bonbon. Un bonbon qui colle pas, c'est ça qu'est bon. Mais en même temps on en voudrait toujours un dans la main, ou dans la bouche... Mais il ne faut pas, car ça peut faire mal au cœur. Et parce-qu'il n'y en a peut-être pas beaucoup dans la boite. C'est ça le souci, je voulais juste ouvrir la boite. Juste envie de te connaître, vraiment. Pourquoi toi? Me demande pas. Sûrement stupide ma démarche. Mais si toi tu as besoin d'air, moi j'ai besoin de m'exprimer. Communiquer. Certains appelleraient ça de l'amour propre, pour moi c'est de la survie.
J'arrête là. Désolée encore, et pour cette lettre aussi.
A plus, promis j'arrête---
Tu n'as pas le privilège de la folie. Personne ne l'a d'ailleurs. Malheureusement.
Alors comment peut-on se permettre de la revendiquer? Ne crois tu pas que nous sommes tous tentés d'y glisser, de s'y abandonner? Et d'abandonner?
Faiblesse. J'aimerais pouvoir être faible. Me laisser aller. Mais je n'en ai pas le droit. Parce-que j'ai un enfant. Parce-que le plus beau cadeau que l'on puisse- que l'on doive- donner à un enfant, c'est l'équilibre. Bagage essentiel pour le voyage de la vie.
Evangile selon Pierre
Bin voilà, me voici de nouveau bonne à écrire. Retour à la case départ, avec un bref arrêt sur la case bonheur. L'arrêt fut si bref que le bonheur en fut presque imperceptible. Mais il dû être, sinon pourquoi ce goût amer? Bonheur ou envie de bonheur? Promesse de jours heureux, avant-goût plutôt, dans mes rêves en fait! Toujours si crédule. En même temps c'est ce qui me fait avancer, m'empêche de tomber. Toujours reprendre la course. Recoller les morceaux d'un cœur qui à force d'être brisé ne devrait plus battre pour qui que ce soit. Infatigable amoureuse, en même temps si idéaliste que condamnée à souffrir. Je crois que je ne suis même plus bonne à écrire.
Je pourrais reprendre le fil. Laisser libre cours à ma révolte et à ma douleur. Je pourrais continuer ce texte et tenter de les exprimer sans que rien ne laisse apparaître que leur cause est toute autre. Un homme s'est glissé entre deux textes, un homme entre deux autres hommes. SUPERCHERIE. Besoin de s'exprimer qui passe par la souffrance. Motifs de souffrance sans cesse différents mais toujours identiques. Peu importe qui en fait. D'où la supercherie. Ce qui compte c'est le manque, le vide. Et si ça n'était donc pas tant une supercherie, le trompeur aurait-il donc été trompé?
2005
Récemment je me suis souvent brûlé les ailes. Et pourtant je reste un ange. Ange parmi les démons. Mais démon parmi les anges... Où se situe donc la juste limite? Que serait une folie acceptable, pour un être raisonnable? Un être raisonnable replierait sûrement ses ailes, afin de ne plus les briser. Mais alors il ne serait plus un ange.
Qu'est-ce que la foi? Symptôme de l'évidence. Foi de ses propres convictions s'entend. A développer...
Je touche au bonheur. Plus grand chose à dire. Symptôme hyper maniaque qui me coupe la langue -ou qui écrase ma plume. Le bonheur c'est aveuglant. On dit qu'il est fugace, mais c'est juste qu'il nous aveugle l'espace d'un instant et nous coupe de notre propre monde. Petit monde intérieur qui n'est créatif que s'il est torturé. Ou passionné... (j'attends toujours!).
Le bonheur n'est pas fugace. Il est juste sur "pause" la plupart du temps. Ou bien est-ce notre petit monde justement qui nous aveugle et nous fait oublier que le bonheur est là, juste sous nos yeux, juste sous nos doigts? Il ne suffit même plus de tendre la main, il suffit d'allonger le doigt et d'appuyer sur la touche. Je serai plus charlatan que tous les charlatans du bonheur qui tentent de vous en vendre les recettes. Moi je vous vends le bonheur que vous avez déjà. Là, juste là. N'est-ce pas le plus beau des cadeaux que de vous offrir ce que vous aviez déjà?!? J'entends cadeau car courir après ce que l'on a déjà c'est stupide et sans fin. Comme le chien qui court après sa queue... Je vous évite le pire sans vous promettre le meilleur. Vous l'avez déjà.
2006
Oui mais voilà. Je veux encore rire de tout ça, me dire que tout ça n'est rien, cette douleur, cette souffrance, ce manque ne sont que le symptôme d'un besoin. Celui de s'exprimer, de comprendre le message délivré par la vie, celui que peu de gens prennent le temps de déchiffrer, car ils n'ont pas le temps, trop occupés qu'ils sont à en perdre, du temps.
De tous temps plutôt que de dire je ne suis pas celle que vous croyez il aurait été plus correct de dire je ne suis pas celle que vous voulez.
2006 "évangile selon connards"
évangile selon David
Je ne connais pas celle que je vais devenir. Mais en celle que je deviendrai il y aura un petit bout de toi. Petit bout d'amour, petit bout d'angoisses, petit bout de peine aussi. Gros bouts de manque et de rage. Je ne suis plus celle que j'étais et pourtant j'ai mal comme avant. Suite de la supercherie? Pourtant cette fois je pensais bien être au bout du voyage. Ou au début d'un autre. Plus grand, plus beau.
2010
dernier évangile
J'aurais voulu écrire quelques lignes pour fixer mes sentiments sur cet instant, les écrire pour que tu ne les lises jamais mais que grâce à elles je conjure le sort que tu m'as infligé. Je suis le vaudou qui travaille sans aiguilles, armée d'un simple stylo je noue et dénoue les fils de ma vie.
Tu es entré en moi il y a quelques mois déjà, mais tu t'es imiscé si rapidement et si lentement à la fois que je ne me suis rendue compte de rien et qu'il était déjà trop tard pour lutter. J'ai rendu les armes alors même que je ne savais pas être entrée en guerre. Tu es tombé sur moi non pas comme la foudre mais comme un verre de vin rouge se renversant sur une feuille de sopalin. Imprégnation. Rapide et lente. Second temps indéfinissable. Suspendu. Ou bien est-ce la profondeur de la tache qui m'empêche de saisir l'instant? Fugace et indélébile tu t'es encré en moi comme par un tour de magie noire.
Il semble pourtant que les mots me fuient encore et que je ne pourrai coucher sur cette page l'étendue de mes regrets. Regrets? Non. Le mot est faux. Désespoir? Aussi vrai que faux. Car en t'aimant désespérément j'ai redécouvert l'espoir. Espoir en la vie. Espoir en moi même. Si tu m'as inspiré tout ça si vite et si fort c'est qu'alors j'existe encore.
Peindre avec des mots mon coeur ouvert en deux. Nourrir mon travail de ma douleur. La dépasser. La transcender. Qu'elle ne soit plus qu'un ingrédient de plus dans la recette de la création. Un matériau de plus à froisser, déchirer, nouer, arracher, tordre et faire gémir.
Ligne de temps, ligne de fuite
Effectivement j'ai pris du retard. Il y a deux commentaires,
à faire.
Et puis ligne de temps.
T'expliquer pourquoi je n'en ferai rien. Pour le moment.
Pourquoi ne pas commencer par ça? Effectivement.
Parce que ces temps-ci et comme si peu de fois depuis le début j'ai eu tant envie de faire. Mais faire avec mes mains. Les salir, les couvrir de peinture, les piquer, en saigner.
Tordre, déchirer, recoudre des lambeaux comme je recouds ma vie. Et parce-qu'enfin je comprends pourquoi. Tout se noue et s'articule.
Et là j'ai pensé que tant qu'on a envie de faire il faut faire. S'y plonger. Mais tant qu'on est dans cette frénésie, on ne pense pas à s'asseoir et à écrire. A se demander ce qu'on pourrait bien faire de cette ligne de temps alors que le notre est si court.
Petit clin d'oeil pour t'expliquer que pour le moment je n'utiliserai pas ce logiciel car pour l'instant je veux penser avec mes mains. Je voudrais laisser la priorité au volume et à la peinture, et reprendre la vidéo un peu plus tard. Non pas que je ne veuille plus réfléchir, mais je ne veux plus m'asseoir pour réfléchir, sinon je perds trop de temps. Quant au cinéma, n'en parlons pas. J'ai encore tant de lacunes à rattraper avant d'essayer de bosser là-dessus. J'ai même honte, parfois, tellement je n'imprime pas. Et pourtant ça m'intéresse, mais mon cerveau me semble parfois trop petit ou fatigué. Et puis je sais que je me laisse des priorités, par nécessité.
Et puis je relis ces quelques lignes et me dis que je n'arrive même plus à écrire. C'était pourtant un gros bout de moi et là je n'y arrive plus. Besoin de vacances?
Pendant ces vacances j'ai envie de reprendre mes carnets. Faire des photos aussi. Réessayer d'écricre. Il semble qu'en ce qui me concerne il y ait vraiment un temps pour tout.
Et pour ces quelques dernières raisons je n'ai pas encore fait les commentaires. Peut-être un sursaut avant samedi? Je vais essayer.
autobiography, draft
Sophie Lefranc was born in 1971 in Paris in the "American Hospital" where her mother was treated for sterility. She has not a lot of reminds of her childhood, excepted a few images of playing indians, riding horses or dance classes. Her oldest souvenir is being washed in a big blue plastic bowl placed in he kitchen sink. Her brother, two years older, was not really kind with her and she can remember him pushing her down in the stairs of the house and running down to kick her as she was lying on the floor. He was not a bad child but he had a big personnality, with a big need of the adults attention. Sophie was more quiet, accepting the second role, but looking forward really early to leave the house and jump into her own life. She was used to cry a lot, for reasons people ignored, and her nickname was "Cosette". She wonders if she has been ever understood in this family.
Another thing she can remind is the recurrence of night dreams when she was not even ten years old. There is specially one that makes her think now to a famous piece of Louise Bourgeois, l' "Arc de l'hystérie".

Sophie didn't like her father. She was almost hating him during her adolescence, pushing her mother to leave this man and find someone better she would have deserved. During the teenage years she did never invite any friends at home as she was so ashamed of this guy. She doesn't like to talk about him, as he was not so important and even present in her life; physically he was there, for sure, but he had not any attention or affection forward his children. Anyway he's old now and sophie has always thought that the best reply to his behaviour was to pay no attention. She has growned up without any father and she 's used to go on like that.
Her mother contrariwise has been really present and important in her life during long years. She used to be a model for her, learning her big values of humanity, sens of work and importance of independance. She was born in Paris, in Belleville, in 1939 from a jewish black foot father and this explains a lot of about how she had lived her life. She also gived her children a big sens of maternal love. Sophie thinks that a big part of her force comes from her mum.
When she was young Sophie used to draw a lot, specially horses that she was copying from Gericault paintings.
She was really kind of horses and she was used to ride a lot with her brother and mum during hollidays in Camargue, in south est of France. There were also a lot of horses at home but Sophie didn't like to go and see them in the stables cause it was her father area. She took also a lot of dance classes, specially jazz because she was hardly serious at the classic departement. She met her best friend at the college, sharing with her a lot of passions, specially dance and drawing.
Sophie was good at school, but with a very bad sens of discipline. She 's always find herself like in jail and she agrees with Michel Foucault when he talks about school in "surveiller et punir". She left home at sixteen for her last year in the high school and had the "baccalauréat" as she was seventeen althought she had serious troubles in her personal life during this year 1988. She still can remind the first time she found appeasement after the bad things she lived. This was when she went back to the ocean and thought "that's just what i needed". In French sea and mother are almost the same word and this is not just a coincidence. After high school she failed at an exam to enter at the "Beaux- Arts" in Bordeaux and that may be one of the raisons why she'll try again at almost forty, not like a revenge but mostly like she had to go back on a road she had left a long time ago. She finally learned to be a fashion designer and had the diploma of the IBSM in Bordeaux, drawing and making clothes for children.
TO BE CONTINUED
sac poubelle
Il y avait un grand sac à poubelle noir brillant grand ouvert. J'écrivais des mots, en helvetica, noirs sur blanc, peinture sur bois, qui filaient sitôt secs et même à peine à l'intérieur du sac qui gonflait à vue d'oeil. Sur ces mots on pouvait lire famille, origines, trahison, gil, quatre ans pour rien, faux amis, faux frère, faux ci et faux ça... Au fur à mesure que les mots s'empilaient et qu'en moi-même je fusillais sans procès je me demandais ce qu'il pourrait bien rester après. Puis mon fils est arrivé et m'a demandé pourquoi je jetais tout ça. Tais toi je lui ai dit ou tu y passes aussi.
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